"Malgré ce pas actif incessant, je reprend la marche aveuglément. Se fondre parmi les autres paraît en définitive la seule solution. Mon bonheur s'étale autour de moi, mais il ne tient à rien, j'apprend à sourire sans comprendre, sans prendre compte de mes pensées m'emportant ailleurs. Se prendre par la main, évidemment une expression connue par chacun, mais son application reste intouchable, je me laisse porter par le flux de ces gens, marchant à mes côtés, pleurant, riant, fumant, me bousculant dans leur hâte, ils ne voient rien, eux. Ils ne perçoivent pas le fond de démarche de la plupart de leur mouvements. Tout semble pré-calculé en eux, pourquoi ai-je l'impression d'être la seule à avoir les yeux ouverts ? La vie leur paraît tracée, simple, il ne leur reste plus qu'à avancer. Seulement, moi, cette sensation d'avoir le devoir d'esquisser en préventive chaque futur sensations, pensée, mouvements, souffle, rire, larme, me colle à la peau.
Le doute d'être la seule à avoir réellement une vie, celui que chaque personne autour de soi n'est qu'en réalité qu'une illusion, un programme bien organisé, posé sur le coin d'un bureau parmi tant d'autres, prenant chaque seconde quelques centigramme de poussière en plus.
J'existe, je le sais, mais les autres ? Ceux à qui je tiens ?
J'aimerais pouvoir visionner l'autre possibilité de ma vie, le chemin qui dévie de celui que je choisis, savoir si mes choix s'avère en fait des erreurs, si un trait de mon esquisse paraissant pourtant insignifiant aurait changé complètement mon existence. Si, marchant sur cette courbe parallèle, je m'aperçois, une autre tout en étant la même que moi. Peut-être celle qui aurait pris le bon chemin, celle qui aurait les idées claires, la vie facile, et le bonheur certain en devenant à force de persistance fatiguant. Je la vois, parfaite, mais je ne veux pas courir rejoindre son parcours pour autant, je ne veux pas être elle, celle qui réussi sa vie quoiqu'elle choisisse.
Je n'irais pas jusqu'à dire que j'aime qui je suis, loin de là, j'essaye seulement de considérer que mes choix sont les bons, que peut-être que si je ne les avais pas fait, cette pensée ne serait pas là aujourd'hui, cette lucidité dans mon esprit, j'aurais peut-être été aveuglée, je n'en sais rien.
Un choix persiste quand même en moi, j'aurais dû le faire, mais le doute m'en a empêché.. Je regrette."
End - Secondhand Serenade